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Recyclage en Tunisie, Au-delà de l’apparence

La Tunisie va-t-elle redevenir une terre d’exportation comme les autres.

La Tunisie… En quelques semaines, l’image idyllique a pris du plomb dans l’aile. Pour les habitants, la réalité était loin de celle décrite par les catalogues. Comme dans beaucoup de pays émergents, la distorsion était flagrante entre le niveau de vie de la population et celle des élites gouvernementales. Il y a quelques mois, Auto Recyclage était passé en Tunisie et avait évidemment fait un petit tour du côté des recycleurs… ou plutôt des casses.

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Une fois une légitime méfiance vite passée, la population était unanimement consciente de toutes les dérives. Régime autoritaire, opacité gouvernementale, contrôle de l’information, et surtout main mise sur tous les marchés par la famille de la première dame du « royaume », Leila trabelsi, dite « la coiffeuse » par allusion à son premier métier. Tout était régenté par ses frères, immobilier, banques, communication, y compris l’automobile et bien sur l’import de pièces d’occasion. Rien qui permettait de penser qu’un soulèvement serait aussi rapide, mais le sentiment d’une population calmement consciente et résignée. La partie apparente de l’iceberg Ben Ali, c’est un pays qui a manifestement progressé. Certes, ce n’est pas le seul, tous les pays émergeants sont en appel d’air. L’autre partie, c’est une population qui ne parvient pas à suivre une inflation de 5% par an, en raison d’un chômage endémique qui confine les jeunes, diplômés ou non, à des situations de survie oisive.

Contrairement à ses voisins algériens ou lybiens, la Tunisie ne dispose pas d’une rente de situation pétrolière. Depuis quelques années, elle affiche en revanche de potentielles possibilités d’extraction d’uranium à partir de ses mines de phosphates. Ceci explique peut être en partie la réserve très diplomatique dont certains pays ont fait preuve.

VHU = ferraille

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Comme partout, l’automobile est un des révélateurs du niveau de vie et de la capacité économique. Le parc y est de 1 million de véhicules. Les importations en véhicules d’occasion sont limitées à trois ans maximum, assorties de taxes de l’ordre de 25 %. De fait, les véhicules d’occasion y restent relativement chers. A titre d’exemple, le prix d’une Clio 1,2 année 2001 qui se vend 2000/ 2500 euros en France, y est entre double et triple en Tunisie soit 5 à 6000 euros. Ces prix sont évidemment à rapprocher du salaire moyen qui varie autour de 150/200 euros.

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Le recyclage automobile fait également partie de cette logique, sachant que celui-ci est réellement scindé entre les VHU, et les pièces pour réemploi. Les VHU sont en général tout ce qui n’est plus apte à circuler, même réparés à l’extrême. C’est notamment ce que l’on retrouve autour de toutes les grandes agglomérations, comme à El Yahoudiya, sur la commune de El Mourouj, en périphérie sud de Tunis. L’endroit est impressionnant et rassemble sur une vingtaine d’hectares un échantillon inerte de tout ce qui a pu rouler depuis une cinquantaine d’années dans le pays. Quand on connait la capacité africaine à prolonger la durée de vie des objets, on en est plus au stade de la ferraille que du réel recyclage potentiel. Tout y est à l’avenant, y compris les conditions de travail et de niveau de vie. Depuis quelques années, un contrôle technique est venu limiter l’acharnement thérapeutique des magiciens de la mécanique.

L’import export contrôlé

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L’autre marché concerne la pièce récente qui évidemment vient de l’étranger. Eu égard au prix des voitures et au taux de main d’oeuvre, une grosse partie des voitures accidentées locales sont réparées et il faut évidemment un niveau de choc très avancé pour qu’une voiture passe en épave. Traditionnellement, les containers viennent de France, d’Italie et d’Allemagne. Cette dernière provenance ayant été largement privilégiée l’année passée en raison des primes à la casse allemandes très suivies qui ont généré une offre de pièces de très grande qualité. Tout s’est arrêté net, plusieurs démolisseurs français déclarant avoir des containers en attente de départ. Les choses sont évidemment appelées à changer avec la chute du précédent régime. Il y a encore peu de temps, beaucoup de containers arrivaient par la région de Monastir au sud est de la côte. Les négociants locaux venaient prendre livraison de ce qu’ils étaient allés vérifier sur place lors du chargement du container, et qu’ils avaient ensuite confié à des sociétés assurant transaction et importation.

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A noter que ce secteur de gestion de l’import/export était en grande partie géré par des proches de la famille présidentielle. Officiellement, cette particularité était présentée comme apte à éviter que des produits interdits, dangereux ou de contrebande viennent s’insérer dans des lots hétérogènes. Mais il est évident qu’au-delà des préoccupations hautement vertueuses, le concept présentait des critères d’intérêt beaucoup plus matériels. A noter que les taxes à l’import se faisaient un peu au juger, un système « au mêtre cube importé » permettant de globaliser les opérations et de noyer le poisson.

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Cette situation qui était la règle jusque maintenant fait que les exportations vers la Tunisie sont restées relativement limitées au cours des dernières années. Si les nouvelles orientations gouvernementales vont jusqu’à modifier cette donne, la Tunisie pourrait redevenir un client en occasion comme un autre.

 
 

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